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L’égalité entre les femmes et les hommes dans les médias à Mayotte

L’Arcom met à disposition des personnels de l’enseignement des ressources pédagogiques permettant d’aborder les questions d’égalité, de représentation et de citoyenneté dans les médias audiovisuels. À Mayotte, 101e département français, ces enjeux prennent une résonance particulière au regard des inégalités persistantes entre les femmes et les hommes dans la société mahoraise.

Présentation du sujet et enjeux

Quels sont les enjeux à Mayotte ?

La question de l’égalité entre les femmes et les hommes est au cœur des
préoccupations à Mayotte, amplifiée par un contexte socio-culturel singulier :

  • la persistance de pratiques issues du droit coutumier, telles que la
    polygamie, qui maintiennent de nombreuses femmes dans une situation de
    dépendance économique et juridique ;
  • un taux de violences conjugales et intrafamiliales parmi les plus élevés
    des territoires français, largement sous-déclaré en raison des pressions
    communautaires ;
  • la persistance de mariages précoces affectant des jeunes filles, parfois
    dès l’adolescence ;
  • une forte précarité économique des femmes, qui représentent la majorité
    des familles monoparentales dans l’île ;
  • un accès inégal à l’éducation et à l’emploi formel, malgré les progrès
    enregistrés depuis la départementalisation en 2011.

Ces réalités font écho aux dynamiques nationales — l’éclatement de l’affaire
Weinstein en octobre 2017, les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc,
l’égalité femmes-hommes érigée en grande cause du quinquennat présidentiel en
novembre 2017, la loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences
sexuelles et sexistes — mais elles revêtent à Mayotte une dimension
supplémentaire liée à la spécificité culturelle et démographique du territoire.

Le rôle des médias locaux

Les médias mahorais ont-ils un rôle à jouer dans la prise de conscience des
enjeux d’égalité ? Si oui, pourquoi et de quelles manières ?

Comme dans l’ensemble du territoire national, les médias audiovisuels
mahorais « engagent une moralité » : ils influent sur la manière dont la
population perçoit les rapports entre femmes et hommes, et contribuent à
structurer le vivre ensemble. À Mayotte, ce rôle est d’autant plus crucial
que la télévision et la radio demeurent les premiers vecteurs d’information
pour une large part de la population, notamment les personnes peu
alphabétisées en français.

Le paysage médiatique local comprend notamment :

  • Mayotte La 1ère (radio et télévision), antenne du groupe France
    Télévisions / Radio France Outre-mer, principal média audiovisuel public du
    territoire ;
  • Kwezi TV, première chaîne de télévision privée locale ;
  • plusieurs radios locales, dont Millenium Radio, RFM Mayotte,
    Habari Radio, ou encore des radios communautaires ;
  • une presse écrite et en ligne (Mayotte Hebdo, Flash Infos,
    Le Mahorais) qui complète l’offre d’information.

Ces médias portent une responsabilité particulière dans la représentation des
femmes mahoraises : qu’il s’agisse de l’image véhiculée dans les journaux
télévisés et radiodiffusés, des invitées expertes, des personnages de fiction
ou des messages publicitaires, chaque représentation contribue à modeler les
normes sociales et les aspirations individuelles.

Prenant en compte cette influence, le législateur a confié à l’Arcom la
mission de contribuer à la cohésion sociale et à la lutte contre les
discriminations dans le domaine de la communication audiovisuelle
(article de loi).
Dans ce cadre, l’Arcom veille à une juste représentation des femmes et des
hommes à la télévision et à la radio, en luttant notamment contre :

  • les stéréotypes de genre ;
  • les préjugés sexistes ;
  • les images dégradantes ;
  • les violences faites aux femmes ;
  • les violences commises au sein du couple.

À Mayotte, ces exigences s’appliquent à l’ensemble des services audiovisuels
autorisés sur le territoire et contrôlés par l’Arcom, via sa délégation
territoriale pour l’Océan Indien, basée à La Réunion.


Missions de l’Arcom et obligations des médias

Ce que la loi donne comme compétences à l’Arcom

Avant 2014

Avant l’introduction, en 2014, d’une disposition spécifique relative à la
lutte contre les violences faites aux femmes dans la
loi du 30 septembre 1986,
les interventions de l’Arcom auprès des chaînes s’appuyaient sur des
principes déontologiques généraux figurant dans la loi, les décrets relatifs
à la publicité et les conventions des chaînes privées :

  • le respect de la dignité de la personne humaine ;
  • le respect de l’ordre public ;
  • l’interdiction d’inciter à des comportements délinquants ou inciviques ;
  • l’interdiction de présenter des traitements avilissants ;
  • la lutte contre les discriminations en raison du sexe.

En 2014

La loi du 4 août 2014 sur
l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a constitué un véritable
tournant. Elle a inséré dans la loi de 1986 de nouvelles compétences pour
l’Arcom et de nouvelles obligations pour les éditeurs, applicables y compris
à Mayotte :

  • un pouvoir de sanction pour l’Arcom en matière de « droits des femmes » ;
  • l’obligation pour les chaînes de s’auto-évaluer et de communiquer leurs
    résultats annuellement à l’Arcom ;
  • une exigence renforcée pour le service public audiovisuel.

En 2017

Un élargissement des compétences de l’Arcom concernant la représentation des
femmes dans les messages publicitaires : l’Arcom veille désormais au respect
de la dignité de toutes les personnes et à l’image des femmes dans les
émissions publicitaires, y compris celles diffusées sur les antennes locales
mahoraises.


Les actions de l’Arcom à Mayotte et en Outre-mer

L’action de l’Arcom sur la représentation des femmes comporte deux dimensions,
qui s’appliquent au contexte mahorais :

Une action de contrôle : l’Arcom intervient auprès des éditeurs locaux
qui ne respectent pas leurs obligations en matière de droits des femmes
figurant dans la loi de 1986, dans les cahiers des missions et des charges
pour les chaînes publiques (comme Mayotte La 1ère) ou dans leurs conventions
pour les chaînes privées.

Ces interventions peuvent prendre la forme :

  • d’une lettre de rappel à la réglementation (lettre à vocation informative
    ou pédagogique) ;
  • d’une lettre de mise en garde (constatant un manquement avéré) ;
  • d’une mise en demeure (intervention à valeur d’avertissement), préalable
    nécessaire à l’ouverture d’une procédure de sanction.

Une action d’incitation : l’Arcom réalise des études, dialogue avec les
éditeurs et élabore des chartes. En Outre-mer, cette action prend également
la forme d’un accompagnement spécifique des médias ultramarins, dont ceux de
Mayotte, pour les aider à progresser dans la représentation des femmes à
l’antenne.

Dates clés de l’action de l’Arcom

  • 2009 : premières données sur la représentation des femmes à la
    télévision avec le baromètre de la diversité, incluant les antennes
    ultramarines.
  • 2016 : premier rapport annuel sur la représentation des femmes à la
    télévision et à la radio — les données outre-mer, dont Mayotte La 1ère,
    commencent à être mieux documentées.
  • 2018 : adoption de la charte d’engagements volontaires pour la lutte
    contre les stéréotypes sexistes dans la publicité.
  • 2020 : étude sur la représentation des femmes dans les médias
    audiovisuels pendant l’épidémie de la Covid-19, période qui a mis en lumière
    les inégalités accrues vécues par les femmes, notamment à Mayotte.
  • 2021 : participation de l’Arcom au Forum Génération Égalité ; les
    enjeux spécifiques des femmes ultramarines et mahoraises sont portés dans
    les discussions.

Principaux constats pour les médias audiovisuels

Le rapport annuel de l’Arcom sur la représentation des femmes à la télévision
et à la radio met en évidence, au niveau national, des tendances dont les
médias mahorais ne sont pas exempts :

  • Part des femmes présentes à l’antenne : 43 % à la télévision, 39 %
    à la radio en moyenne nationale. Les antennes locales ultramarines, dont
    Mayotte La 1ère, présentent souvent des taux inférieurs à ces moyennes, en
    particulier dans les catégories « expertes » et « invitées politiques ».
  • Le temps de parole des femmes : inférieur à leur taux de présence
    physique à l’antenne. Ce constat est particulièrement marqué dans les
    territoires où les normes sociales limitent l’expression publique des femmes.
  • Le taux d’expertes progresse au niveau national (41 % d’expertes),
    mais reste faible dans les médias locaux mahorais, où les femmes sont encore
    peu sollicitées comme voix expertes dans les sujets d’actualité,
    d’économie ou de politique locale.
  • Les violences faites aux femmes : si les chaînes nationales diffusent
    davantage de programmes de sensibilisation, les médias mahorais ont un rôle
    crucial à jouer dans la lutte contre les violences conjugales et les pratiques
    discriminatoires, en s’appuyant notamment sur les numéros d’urgence (3919)
    et les ressources locales (associations, services de l’État à Mayotte).

Focus : stéréotypes et publicité à Mayotte

L’étude réalisée par l’Arcom en 2017 sur la représentation des femmes dans
les publicités télévisées a révélé des stéréotypes persistants au niveau
national. À Mayotte, la publicité audiovisuelle locale — bien que moins
développée qu’en métropole — véhicule également des représentations genrées
qui méritent attention :

  • les femmes sont majoritairement représentées dans les publicités pour
    l’entretien du corps, l’alimentation et l’habillement ;
  • les hommes sont quasi exclusivement positionnés comme experts ou décideurs
    dans les publicités institutionnelles et commerciales ;
  • les publicités relatives aux services financiers et aux nouvelles
    technologies font apparaître une très forte surreprésentation masculine.

Ces constats appellent les acteurs médiatiques mahorais à s’interroger sur
les images qu’ils diffusent et sur leur rôle dans la transformation ou le
maintien des normes de genre dans la société locale.

Les médias peuvent être des leviers puissants de changement culturel à
Mayotte. En représentant les femmes dans toute leur diversité de rôles —
expertes, élues, entrepreneures, citoyennes — ils participent à modifier les
représentations collectives et à encourager l’émancipation féminine.


Ressources pédagogiques

Ces ressources, produites par l’Arcom, sont utilisables dans les établissements
scolaires de Mayotte dans le cadre de l’éducation aux médias et à l’information
(EMI) :

Primaire (1er degré)

Collège, lycée (2nd degré)

Thème 1 : Lutter contre les discriminations en raison du sexe

Thème 2 : Identifier les stéréotypes de genre

Thème 3 : Déduire des données statistiques les représentations de genre dans les médias


Autres ressources utiles à Mayotte

Pour aller plus loin sur le sujet à Mayotte :

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Auteur : Pierre-Richard Bertel
Mise à jour le mercredi 25 mars 2026

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